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Le DADVSI : le point de vue d’un simple citoyen

Une lettre remarquable d’un citoyen au président du groupe UMP, M.Accoyer, et à trois députés UMP.

dimanche 12 mars 2006, par Bernard

Messieurs, Madame,

Entrepreneur, chef d’une entreprise française de développement de jeux vidéo disposant du statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI), cela fait maintenant plusieurs années que j’attends la transposition de la directive EUCD - directive critique s’il en est pour l’avenir de la création numérique sur internet dont, cela va sans dire, le jeu vidéo est un parfait représentant.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que je suis les débats DADVSI. Toutefois, en cette journée du 9 mars 2006, permettez-moi de vous faire part d’une exaspération que je ne parviens plus à contenir. Car voyez-vous messieurs et madame la député, ma colère va croissante depuis le début du travail parlementaire en décembre dernier. Elle est motivée à la fois sur le fond et sur la forme.

Sur la forme d’abord.

- Il est parfaitement inacceptable pour le citoyen que je suis, attaché à l’indépendance technologique de son pays, d’être forcé d’utiliser les logiciels et codecs propriétaires de sociétés américaines - dont l’une est convaincue d’abus de position dominante - dans le seul but de pouvoir suivre les débats de l’assemblée nationale. Cette page http://www.assemblee-nationale.fr/12/seance/seancedirect.asp est particulièrement déshonorante pour la France alors même qu’il existe une excellente alternative Libre développée par l’école centrale Paris http://www.videolan.org/team/ .

- Il est insupportable de vous regarder nier l’évidence : si l’opposition joue la procédure, ce n’est pas pour éviter le débat sur le fond mais tout au contraire pour garantir le minimum vital sur un sujet aussi complexe, c’est à dire une deuxième lecture au parlement. Mais, évidemment, je ne vous apprends rien. Personne n’est dupe et surtout pas vous. C’est bien ce qui rend intolérable le cynisme dont vous faites preuve en prétendant le contraire. Veuillez croire qu’en retour, les internautes et les jeunes - comme vous dites - sauront se souvenir que vous les avez invoqués en défense d’un passage en force aussi scandaleux qu’inutile puisque l’UMP dispose d’une majorité absolue.

- La mine contrite et renfrognée qu’affiche le ministre Donnedieu à chaque intervention de députés de l’opposition ainsi que sa sempiternelle ritournelle sur "le beau débat, le point d’équilibre et le leurre de la gratuité" illustrent parfaitement le peu d’écoute qui le caractérise. Non seulement dans l’hemicycle aujourd’hui mais des mois durant, notamment en ne recevant jamais des associations aussi incontournables sur le sujet que la FSF France lors des consultations préalables. En consolation je me dis qu’à tout le moins, son air constipé lui assure une place de choix dans la hiérarchie des tristes bouffons qui ont entâché l’histoire de France.

Sur le fond maintenant.

Je serai bref : l’avenir se chargera impitoyablement de vous montrer tout le ridicule de la loi que vous vous apprêtez à écrire. Car, n’en doutez pas, le jour viendra où vous regretterez de ne pas avoir opté pour la licence globale alors que vous le pouviez encore. Mais quand même...

- Contrairement à ce que vous prétendez, le débat n’est pas et n’a jamais été celui de la "gratuité". C’est par contre celui de la Liberté. Vous souvenez-vous encore de ce mot par lequel débute la devise de notre nation ? La Liberté de manipuler de l’information à l’heure des réseaux numériques. Pour la lire, pour la critiquer, pour la modifier et, oui, pour la partager aussi. Quand comprendrez-vous qu’un ordinateur ne sait pas faire la différence entre un mp3 de johnny halliday et une version électronique des Misérables de Victor Hugo versée au domaine publique ? Quand comprendrez-vous que la ligne maginot des DRMs n’y changera rien ?

- La capacité des périphériques de stockage croît de façon exponentielle. Dans quelques années, comment empêcherez-vous les citoyens de copier de disque à disque, d’ami à ami - sans même l’aide des réseaux peer-to-peer - des collections entières, plusieurs tera octets de musique, de films et de jeux vidéo ? Vous ne le pourrez pas et vous le savez bien.

- Au lieu de vous gargariser de la défense strictement pécuniaire de quelques "auteurs" - confortablement installés dans un système qui tourne en circuit fermé - ouvrez les yeux ! Regardez le monde autour de vous ! Constatez la masse croissante d’oeuvres et de logiciels qui circulent librement sur l’internet, hors circuits commerciaux ! Vous feriez bien mieux de défendre et de protéger ce merveilleux bien commun informationnel naissant plutôt que de défendre le portefeuille des majors.

- Deux exceptions sur vingt ? Pas d’exception pour les chercheurs ? Pas d’exception pour les professeurs ? Quelle honte ! Quelle honte.

- Le contrôle par les DRM nous renvoie directement aux heures les plus noires de l’histoire. Ce que veulent nous imposer quelques multinationales de l’informatique relève du fascisme et j’emploie ce mot, si lourd, en toute connaissance de cause. Cela dépasse largement les logiques partisanes, les intérêts personnels. Quand vous vous rangez du côté des DRM, vous vous rangez du côté du fascisme. C’est aussi grave que cela.

Mais je ne peux pas croire à votre incompétence. Tout cela vous le savez probablement déjà. Après tout si certains députés UMP ont eu le courage républicain, comme Mme Boutin, de montrer qu’ils l’avaient compris, il ne fait aucun doute que vous le pouvez aussi.

J’en déduis donc que c’est le souci de vos carrières personnelles qui vous pousse à agir ainsi. Avez-vous été menacés de perdre l’investiture de votre parti ? Craignez-vous de ne plus avoir le support, financier ou autre, d’une quelconque multinationale ? Est-ce par manque de courage ou par paresse ? Peu importe, finalement : le résultat sera le même. Pour la société qui passera outre cette loi absurde. Plus encore pour vous qui recevrez inévitablement la sanction du peuple.

Vous pouvez dors et déjà compter sur moi pour relayer vos noms à mes proches et à mes moins proches. Comptez sur moi pour relayer votre comportement aussi loin que je le pourrai, avec ou sans l’aide de l’internet. Je saurai m’en souvenir.

Librement,

...


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